Les Animaux Fantastiques 2 - La critique

Les Animaux Fantastiques 2
7
Déc

Les Animaux Fantastiques 2 – La critique

Les Animaux Fantastiques 2 : Les Crimes de Grindelwald, un amarrage difficile.

 

Dernier film de David Yates sorti le 14 novembre dernier, Les Animaux Fantastiques 2 : Les Crimes de Grindelwald est avant tout un nouveau film à intégrer à la galaxie du Wizarding World ouverte par J. KRowling avec la saga littéraire Harry Potter (1997 – 2007). Mais c’est aussi la suite des Animaux Fantastiques premier du nom sorti en 2016. Une suite aux aventures de Norbert Dragonneau (le spécialiste des animaux fantastiques du film incarné par Eddie Redmayne) mais aussi un pont vers celles dépeintes dans la saga Harry Potter puisqu’un personnage central de cette dernière se retrouve au cœur du film : Albus Dumbledore. Un personnage dont la relation plutôt tumultueuse avec Grindelwald et la situation familiale complexe seront semble-t-il au cœur de ce film ainsi que des prochains de la saga. Autant de sujets qui étaient déjà approfondis dans le dernier tome de la saga Harry Potter, Harry Potter et les reliques de la Mort (2007) ainsi que dans son adaptation cinématographique en deux parties sorties en 2010 et en 2011.

 

Une critique à base de polynectar

 

Ce film est un pont, entre la saga des Animaux Fantastiques et celle d’Harry Potter. Un pont qui a pu être difficile à établir, mais jusqu’à quel point ? Et dans quelle mesure cette difficulté a-t-elle impacté la qualité finale de l’oeuvre ?

Rappelons que cette critique du film Les Animaux Fantastiques 2 sera parfois agrémentée de quelques spoilers, bien évidemment, mais soyez sûrs que je m’attacherai à vous prévenir à l’avance lorsque ceux-ci me paraîtront trop importants. Sur ce, il est temps de prononcer la formule adéquate avant de jeter notre poudre de cheminette au sol et de nous projeter dans l’univers magique des animaux fantastiques !

Détour par le premier volet des Animaux Fantastiques.

En effet, pour mieux comprendre en quoi le premier volet de la saga a pu influer sur Les Animaux Fantastiques 2, il nous semble nécessaire de cerner les points principaux qui constituent son identité. Tout en appartenant pleinement à l’univers dans lequel prend place la saga Harry Potter, le film prenait le parti-pris de s’en détacher complètement. Nous emmenant découvrir un nouveau lieu, New-York, à une autre époque, la fin des années 1920. Là la situation politique des sorciers est également différente, ces derniers vivent d’autant plus cachés qu’une secte, les « Fidèles de Salem », s’est mise en tête de les traquer pour les exterminer. Le gouffre entre les sorciers et les Non-Majs est ainsi d’autant plus grand.

Qui sont les protagonistes ?

Au-delà de ce cadre nouveau, Les Animaux Fantastiques 2 apporte également quantité de nouveaux personnages : Norbert Dragonneau (expert en créatures magiques campé par Eddie Redmayne) ; Jacob Kowalski (un moldu qui se lie d’amitié avec Norbert) ; Tina et Queenie Godstein (deux sœurs sorcières qui se retrouvent à loger Norbert et Jacob) ; et enfin Croyance, un supposé moldu qui s’avère être habité par un obscurus, une entité magique grandissant à l’intérieur d’un individu et étant née d’un surplus de magie réprimée par ce dernier.

Parmi tous ces personnages, seul le mage noir Gellert Grindelwald crée véritablement un lien avec les histoires racontées dans la saga Harry Potter puisque sa relation avec Albus Dumbledore est largement abordée dans le dernier tome de la série de romans. Mais aussi, le film apporte quantité de nouveaux personnages en la figure des animaux fantastiques même ! Tantôt magnifiques et charismatiques, tantôt petits et mignons, avec le botruc et l’adorable niffleur voleur en première ligne. Tout est nouveau, ou presque et cette saga des Animaux Fantastiques semble donner un nouvel envol au Wizarding World. La fin cependant, avec le dévoilement de Grindelwald, semble créer un pont avec le Monde des sorciers que nous connaissons depuis longtemps !

 

Les Animaux Fantastiques 2

 

Vers le Wizarding World d’Harry Potter.

En fait le nom seul donne le ton : « Les Animaux Fantastiques 2 : Les Crimes de Grindelwald ». Deux sujets se rencontrent. Si l’action du film commence à New-York (lieu des Animaux Fantastiques premier du nom), elle se déplace très rapidement à Londres, théâtre de nombreuses scènes de la saga Harry Potter. Pensons par exemple aux passages dans la gare de King’s Cross ou la traversée en balais volants de la ville pour rejoindre le QG de l’Ordre du Phénix au début du cinquième film. Dans Les Animaux Fantastiques 2 c’est à Londres que nous faisons rapidement la rencontre d’un Albus Dumbledore quadragénaire et déjà bien charismatique ! Premier personnage véritablement majeur de la saga Harry potter à apparaître également dans celle des Animaux Fantastiques.

 

Un retour attendu

Le film nous emmène ensuite à Poudlard, sur un thème musical que n’importe qui ayant vu un film Harry Potter dans sa vie reconnaîtra, pour assister à un cours donné par Dumbledore. Minerva McGonagall fera une courte apparition à son tour, malgré qu’elle ne soit pas censée être née au moment où les événements prennent place ! Le film a en effet lieu en 1927, alors que McGonagall est censée avoir vu le jour en 1935.

D’autres clins d’oeil sont à remarquer : le nom de Lestrange se fait entendre à plusieurs reprises ; les origines de Nagini (le serpent de Voldemort) sont évoquées ; un phénix apparaît, sans doute Fumseck ; Nicolas Flamel trouve un rôle en arrière-plan ; etc. etc. Finalement, les clins d’oeil restent sympathiques, d’autant plus qu’à côté d’eux le film conserve aussi ce qui faisait le charme des Animaux Fantastiques : des personnages charismatiques et/ou amusants comme Jacob ; et bien sûr les Animaux Fantastiques eux-mêmes, on retrouve le niffleur et le botruc du premier film, mais aussi un kappa, un magnifique dragon aquatique-cheval ainsi qu’une espèce de dragon-lion-chat chinois bien trop adorable qui mérite une mention spéciale. Encore une fois le bestiaire comme les effets spéciaux sont terriblement réussis. Autre qualité reprise du premier film, un ancrage particulièrement tangible dans notre monde y est développé.

 

Le monde magique de Harry Potter

Là où les Harry Potter restaient généralement fermés sur Poudlard, le Ministère de la Magie, ou d’autres lieux liés au monde des sorciers – ne semblant finalement pas tant se passer dans notre Monde que cela – Les Animaux Fantastiques 2 se déroule à New-York, Londres, ou Paris. Là, les personnages traversent des lieux bien connus des locaux tels que le cimetière du Père-Lachaise pour Paris. Cet ancrage est aussi scénaristique puisque Grindelwald évoque l’arrivée prochaine de la seconde guerre mondiale. L’appréhension de cet événement fait l’objet d’une crainte commune aux moldus et aux sorciers, le traumatisme de la première guerre mondiale étant encore très fort à l’époque. Ainsi, les moldus que nous sommes sont d’autant plus invités à s’identifier aux sorciers, notamment par le biais de Jacob (lui aussi moldu) qui se retrouve souvent au cœur des événements. Par cette recherche de l’identification du spectateur, la volonté de raccrocher le monde magique à notre monde réel est appuyée.

Un patrimoine autant emprunté à la saga Harry Potter qu’au premier épisode des Animaux Fantastiques. C’est au niveau du scénario que cette observation est cristallisée : le film rejoint une intrigue évoquée dans Harry Potter, celle de la montée en puissance de Gellert Grindelwald et de sa relation pas si simple avec Albus Dumbledore. Le futur directeur de Poudlard finira par vaincre son ami/rival et par le faire emprisonner en 1945, récupérant du même coup la baguette de sureau dont Grindelwald était alors le possesseur.

Un scénario qui a du mal à satisfaire.

La rencontre est difficile : plutôt que Norbert Dragonneau, ses animaux fantastiques et les autres personnages du premier film, ce sont Grindelwald et Dumbledore qui semblent être au cœur de l’intrigue. Les personnages principaux se multiplient : Norbert, Dumbledore, Grindelwad, Croyance, Jacob et le spectateur ne sait plus où donner de la tête. Le patrimoine rattaché aux Animaux Fantastiques premier du nom semble de plus en plus accessoire, d’autant plus qu’on sait (sauf retournement de situation inattendu) que c’est Dumbledore qui finira par vaincre Grindelwald en 1945, et non Norbert.

 

Attention spoilers

Alerte tout d’abord, ce paragraphe est rempli de spoilers, n’hésitez pas à passer au suivant si vous n’avez pas encore vu le film ! Le film se permet aussi d’étoffer énormément le passé de la saga Harry Potter, son background. De nouveaux membres de la famille Lestrange font leur apparition, dont un certain Corvus Lestrange dont on entend seulement parler. Corvus serait en fait Croyance ! Jusqu’à ce qu’on apprenne que non… Corvus repose depuis bien longtemps au fond de l’océan.

Croyance serait en fait Aurelius Dumbledore, un autre membre de la fratrie d’Albus. C’est un peu gros, d’autant que l’on pensait bien connaître la famille Dumbledore depuis les événements d’Harry Potter et les Reliques de la Mort. Mais après tout, ce même livre nous mettait face à l’évidence que, comme Harry, nous ne connaissions rien de Dumbledore. Peut-être y a-t-il encore des choses à découvrir sur son passé ? La nouvelle a cependant du mal à passer. Le problème principal du film est là, au niveau du scénario.

 

Et côté personnages ?

D’un côté des personnages principaux à peine effleurés qui manquent dès lors cruellement d’épaisseur. Une épaisseur qui a pu être apportée par le premier des Animaux Fantastiques ou par les Harry Potter, mais chaque film ne devrait-il pas se suffire à lui-même pour ce qui est de la construction des personnages ? Et quand bien même, les révélations scénaristiques, notamment autour de Croyance, rendent le personnage de base peu connu par les spectateurs encore plus difficile à appréhender et à comprendre.

Des personnages secondaires inutiles

Et d’un autre côté, le film se permet d’ajouter de nombreux personnages secondaires, tantôt peu utiles à l’intrigue (Thésée Dragonneau ou Nicolas Flamel par exemple), tantôt utiles à une intrigue inutile (entendons secondaire), comme c’est le cas pour Leta Lestrange ou Yusuf Kama. Ces deux derniers et l’intrigue à laquelle ils participent rendent, me semble-t-il, le scénario inutilement compliqué. Échange de bébés, serment inviolable, viol sous imperium et autres péripéties passées alourdissent le scénario du film.

Il semble finalement assez facile de se sentir perdu à la sortie de la séance du film Les Animaux Fantastiques 2. Où se trouve finalement le sujet du film ? Son essentiel ? Sans doute dans les destins croisés de Grindelwald et de Dumbledore qui se dessinent petit à petit. Mais alors, pourquoi ne pas appuyer plus sur cette intrigue là, quitte à éclipser un peu celle autour de Corvus Lestrange ? Cela permettrait d’accorder un peu plus de lumière à Dumbledore, Grindelwald, Croyance et pourquoi pas à Norbert Dragonneau et aux personnages qui gravitent autour de lui.

Un film charnière avant-tout.

Pour Les Animaux Fantastiques 2, il s’agissait sans doute de garder de la matière scénaristique pour les trois films Animaux Fantastiques à venir. Des suites sont en effet toujours prévues, et le film semble se construire avant tout par rapport à elles. C’est un film charnière, un peu assis entre deux chaises, et ainsi relativement bancal. Le premier film se concentrait avant tout sur Norbert Dragonneau et ses créatures fantastiques, peut-être le troisième en fera-t-il de même avec l’intrigue entre Grindelwald et Dumbledore et peut-être sera-t-il ainsi plus cohérent ! Rendons cependant son dû au film, il est chouette.

Pour finir, ça donne quoi ?

Et en mettant de côté toute cette réflexion que j’ai développée dans les précédents paragraphes, j’ai passé un assez bon moment en le regardant. Les créatures sont encore une fois variées et absolument toutes magnifiques, tandis que Norbert est toujours aussi attachant ! Et puis, tout de même, retourner dans le monde des sorciers, c’est toujours fabuleusement agréable ! Un bon moment dans mes souvenirs et un bon moment en perspective s’il faut le revoir un jour.

En tous cas, on a hâte d’en discter avec vous au Bordeaux Geek Festival ! Une petite conférence sur Harry Potter, ça vous dirait ?

 

Une critique de Simon Morgan.

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